# Mai 68 expliqué en 5 affiches
Mai 68, ce sont sept semaines de grève générale, dix millions de salariés en débrayage et une contre-culture qui s’invite au pouvoir. Pour comprendre cette séquence, on peut lire trois mille pages — ou regarder cinq affiches.
## Sommaire
– [Pourquoi des affiches, et pas des slogans](#pourquoi-affiches)
– [L’Atelier Populaire des Beaux-Arts en 30 secondes](#atelier-populaire)
– [Affiche 1 — « Sois jeune et tais-toi »](#sois-jeune)
– [Affiche 2 — « La beauté est dans la rue »](#beaute-dans-la-rue)
– [Affiche 3 — « La chienlit, c’est lui »](#chienlit)
– [Affiche 4 — « La police s’affiche aux Beaux-Arts »](#police-saffiche)
– [Affiche 5 — « Nous sommes le pouvoir »](#nous-sommes-le-pouvoir)
– [Ce qui reste de Mai 68 dans nos garde-robes](#ce-qui-reste)
## Pourquoi des affiches, et pas des slogans {#pourquoi-affiches}
Mai 68 a inventé peu de slogans en réalité. Beaucoup de phrases qu’on associe à 68 — « il est interdit d’interdire », « soyez réalistes, demandez l’impossible », « sous les pavés, la plage » — sont nées sur des murs, à la peinture, anonymement. Les phrases vraiment cultes ont eu une vie publique grâce à un objet : **l’affiche sérigraphiée**.
Pourquoi l’affiche ? Parce que c’est l’objet qui colle à un mur. Parce qu’elle peut être tirée à la chaîne, sans presse, avec un cadre, un racloir et de la peinture. Parce qu’elle peut être recouverte le lendemain, ce qui en fait un médium éphémère et donc fertile. La sérigraphie permet de produire vite, à coûts dérisoires, par n’importe qui.
D’après les chiffres recoupés par les Beaux-Arts de Paris (fonds Cat’zarts) et la Bibliothèque nationale de France, **près de 500 affiches différentes** ont été produites en mai-juin 1968 par l’Atelier Populaire, pour un tirage cumulé estimé à **un million d’exemplaires**. Le tout en sept semaines, par un collectif qui n’existait pas trois jours avant.
## L’Atelier Populaire des Beaux-Arts en 30 secondes {#atelier-populaire}
Le 14 mai 1968, des étudiants des Beaux-Arts de Paris occupent leur école et créent un collectif graphique anonyme : **l’Atelier Populaire**. Ils sont introduits à la sérigraphie par les peintres Gérard Fromanger et Guy de Rougemont, qui apportent le matériel.
Le fonctionnement est strict : pas de signature, pas d’auteur individuel, validation collective des projets en assemblée chaque soir. Les affiches sont **gratuites**, distribuées aux militants ou collées la nuit. La règle interne du collectif, gravée à la une de leurs catalogues : « Les affiches produites par l’Atelier Populaire sont des armes au service de la lutte, et leur place est la rue. »
L’Atelier prend fin le **27 juin 1968**, quand la police investit les Beaux-Arts. Mais ses affiches, elles, voyagent : elles seront exposées au MoMA dès 1968, puis dans toutes les grandes rétrospectives sur le graphisme militant (Centre Pompidou 2018, V&A Londres 2018).
> 👕 [T-shirt « Affiches du peuple »](/produit/tshirt-atelier-populaire) — typographie hommage aux sérigraphies 68, deux couleurs, 32 €.
## Affiche 1 — « Sois jeune et tais-toi » {#sois-jeune}
C’est probablement l’affiche la plus reproduite de 68. **Description** : silhouette noire de profil — tout le monde reconnaît de Gaulle à son nez et son képi — qui bâillonne d’une main une jeune personne. Slogan en bas, typographie bâton manuscrite : *« SOIS JEUNE ET TAIS TOI »*.
L’ironie est limpide : à l’époque, le pouvoir gaullien renvoie systématiquement les étudiants à leur jeunesse. « Étudiez plutôt que de manifester », « les adultes savent ». L’affiche prend le discours au pied de la lettre et le retourne. C’est aussi un commentaire sur l’autorité paternaliste qui structure la France gaullienne — celle d’un général de 78 ans face à des manifestants de 20.
**Ce qu’on en a fait après**. L’affiche est constamment réutilisée, détournée, parodiée. En 2006 contre le CPE, en 2016 contre la loi Travail, en 2023 contre la réforme des retraites. À chaque fois, on remplace de Gaulle par le Président en place. C’est le compliment ultime à un visuel : être détourné par tous les mouvements suivants.
> 👕 [T-shirt « Sois jeune et tais-toi 2026 »](/produit/tshirt-mai-68) — création originale inspirée par l’Atelier Populaire, coton bio 32 €.
Source : Beaux-Arts de Paris, *Atelier Populaire 1968 : présenté par lui-même* (Mai 68, réédition Allia 2018).
## Affiche 2 — « La beauté est dans la rue » {#beaute-dans-la-rue}
**Description** : silhouette d’une jeune femme en mouvement, les cheveux au vent, jetant un pavé. Couleurs : noir et orange-rouge. Au sol, le slogan : *« LA BEAUTÉ EST DANS LA RUE »*.
C’est l’affiche qui a le plus circulé hors de France. Elle a été reprise par les mouvements pour les droits civiques aux États-Unis, par les militantes féministes des années 70, par les grèves étudiantes au Mexique en 68 (juste avant le massacre de Tlatelolco).
Sa puissance tient à un déplacement. Avant 68, la beauté est un attribut institutionnel : musée, opéra, vitrine. Le slogan dit : **non, la beauté est ailleurs, et c’est nous qui la fabriquons**. La rue, la révolte, le geste collectif. C’est une thèse esthétique autant que politique. C’est aussi pour ça qu’elle a résonné chez les artistes du monde entier : elle leur disait que leur place était dans le mouvement.
> 👕 [T-shirt « Le peuple veut »](/produit/tshirt-gilets-jaunes) — héritier graphique de l’esthétique convergence, 32 €.
Source : Liliane Meffre, *Mai 68 : l’affiche en héritage* (Hazan, 2018) ; collection MoMA, *Posters from the Atelier Populaire*.
## Affiche 3 — « La chienlit, c’est lui » {#chienlit}
**Description** : silhouette de De Gaulle vu de dos, bras levé. Le mot CHIENLIT en énorme. Le slogan dit *« LA CHIENLIT, C’EST LUI »*.
Le contexte : le 19 mai 1968, en Conseil des ministres, de Gaulle lâche en privé « la réforme oui, la chienlit non ». Le mot est aussitôt rendu public et devient une insulte qui se retourne. L’Atelier Populaire produit en 48h cette affiche qui pointe le général lui-même comme le vrai désordre.
C’est un cas d’école de **détournement linguistique**. L’autorité qualifie le mouvement, le mouvement réutilise le qualificatif et le retourne contre l’autorité. La même mécanique sera utilisée plus tard avec « casseurs » (mouvement étudiant 1986), « marginaux » (Gilets jaunes 2018) et bien sûr « populiste » (qui devient même un titre de fierté).
> 👕 [T-shirt « Popular. Pas populiste. »](/produit/tshirt-popular-pas-populiste) — typographie bichromique, l’esprit du retournement, 29 €.
Source : Marc Lazar & Stéphane Courtois (dir.), *Le Mai 68 français* (PUF, 2008).
## Affiche 4 — « La police s’affiche aux Beaux-Arts » {#police-saffiche}
**Description** : visage stylisé de CRS, casque sur la tête, matraque pendant à la ceinture. Slogan : *« LA POLICE S’AFFICHE AUX BEAUX-ARTS, LES BEAUX-ARTS AFFICHENT DANS LA RUE. »*
Cette affiche raconte un événement précis. Le 27 juin 1968, la police investit l’école des Beaux-Arts pour déloger l’Atelier Populaire. Le collectif riposte avec une affiche rapide qui inverse le rapport de force : ce sont les CRS qui sont mis en images, pas les manifestants. Le titre joue sur les deux sens d’« afficher » : être visible / poster une affiche.
C’est probablement l’affiche la plus *meta* du corpus 68 : une affiche sur le fait d’afficher, faite au moment précis où le pouvoir vient empêcher d’afficher. Le geste est plus fort que l’image.
Source : Cnap, *Catalogue Atelier Populaire 1968* ; INA, archives radiophoniques juin 68.
## Affiche 5 — « Nous sommes le pouvoir » {#nous-sommes-le-pouvoir}
**Description** : usine stylisée en silhouette, cheminée fumante, ouvrier figuratif au premier plan, poing levé. Slogan : *« NOUS SOMMES LE POUVOIR »*.
Cette affiche est plus tardive (mi-juin 68) et elle marque un déplacement important. Pendant les premières semaines, l’Atelier Populaire se concentre sur la révolte étudiante et le rejet du gaullisme. Cette affiche-là vise la **convergence ouvriers-étudiants**, qui est le grand pari (et la grande déception) de Mai 68.
Le slogan est radical : il ne réclame pas le pouvoir, il dit qu’on l’a déjà. C’est le préfigurationnisme appliqué — l’idée qu’on ne demande pas l’émancipation, on l’exerce. Cette ligne nourrira plus tard le discours autogestionnaire de la CFDT (1970), les LIP (1973) et finalement, par toute une généalogie, l’idée de **VIᵉ République par tirage au sort**.
> 👕 [T-shirt « VIᵉ République. Now. »](/produit/tshirt-6e-republique) — chiffre VI géant, label NOW jaune, 32 €.
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> 👕 [T-shirt « On est la foule. »](/produit/tshirt-melenchon-foule) — trame de silhouettes, 29 €.
Source : Kristin Ross, *Mai 68 et ses vies ultérieures* (Le Monde Diplomatique / Complexe, 2005).
## Ce qui reste de Mai 68 dans nos garde-robes {#ce-qui-reste}
Mai 68 n’a pas gagné. La grève s’est terminée par les accords de Grenelle, de Gaulle a été triomphalement réélu en juin, la droite a fait son meilleur score à l’Assemblée. Et pourtant, c’est probablement la séquence politique française la plus durable de la seconde moitié du XXᵉ siècle.
Pourquoi ? Parce que 68 a transformé deux choses : **le rapport à l’autorité** (parents, profs, patrons, flics — toutes les figures de pouvoir ont été interrogées) et **les codes graphiques de la contestation**. Tout ce qu’on appelle aujourd’hui « esthétique militante » — sérigraphie, typographies bâton, deux couleurs, slogans courts à l’impératif — vient de ces sept semaines.
Quand tu portes un t-shirt avec un slogan court et une typo XL, tu portes un descendant graphique de l’Atelier Populaire. Que tu le saches ou non.
> 👕 [T-shirt « Bifurquons. »](/produit/tshirt-bifurquons) — typographie héritée des codes 68, point final rouge, 29 €.
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Pour aller plus loin :
– [Histoire des slogans politiques français : 10 phrases qui ont marqué le XXᵉ siècle](/blog/histoire-slogans-politiques-fr)
– [Front Populaire 1936 : ce qu’on en garde aujourd’hui](/blog/front-populaire-1936-aujourdhui)
– [Bifurquons : philosophie d’un mot devenu slogan](/blog/bifurquons-philosophie-mot-slogan)
**Sources principales** :
– Beaux-Arts de Paris, *fonds Cat’zarts Atelier Populaire 1968* (catzarts.beauxartsparis.fr)
– BnF Gallica, *Affiches politiques 1968-1990*
– Philippe Artières & Michelle Zancarini-Fournel, *68, une histoire collective* (La Découverte, 2008)
– Kristin Ross, *Mai 68 et ses vies ultérieures* (Complexe, 2005)
– Liliane Meffre, *Mai 68 : l’affiche en héritage* (Hazan, 2018)
– *Atelier Populaire, présenté par lui-même* (réédition Allia, 2018)