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8 mars : des slogans féministes qui parlent juste (et d’où ils viennent)

Nos corps nos choix, Beauvoir, Despentes, Ernaux : l’origine des grands slogans féministes, leur contexte et pourquoi les mots comptent le 8 mars.

Le 8 mars, ce n’est pas la « journée de la femme ». C’est la Journée internationale des droits des femmes — et le glissement de vocabulaire n’est pas anodin : « fête » sert à vendre des tulipes, « droits » oblige à parler d’avortement, d’écarts salariaux, de violences. Ici, on fait ce qu’on sait faire : remonter à la source des phrases. Voici les slogans féministes qui parlent juste, leur origine exacte, et pourquoi les porter engage.

Sommaire

Pourquoi le 8 mars (et pas la « fête des femmes »)

La journée naît dans le mouvement ouvrier : en 1910, à la Conférence internationale des femmes socialistes de Copenhague, Clara Zetkin propose une journée internationale de lutte pour les droits des femmes — d’abord pour le droit de vote. L’ONU l’officialise en 1977 ; la France la reconnaît en 1982. Cent ans plus tard, le marketing a tenté d’en faire une Saint-Valentin bis. Chaque 8 mars, la bataille du vocabulaire recommence — et elle résume tout : une « fête » se consomme, des « droits » se conquièrent et se défendent.

« Nos corps, nos choix »

Le slogan condense le combat central du féminisme des années 1970 : la libre disposition de son corps. En avril 1971, le « Manifeste des 343 » — 343 femmes, dont Simone de Beauvoir, Catherine Deneuve, Marguerite Duras, déclarant publiquement avoir avorté alors que c’était un délit — force le sujet dans le débat public. Le procès de Bobigny (1972), plaidé par Gisèle Halimi, puis la loi Veil (1975) suivront. « Nos corps, nos choix » reste d’une actualité brûlante : partout où l’extrême droite avance, le droit à l’avortement recule — la constitutionnalisation française de l’IVG en 2024 s’est faite explicitement en réaction à l’abrogation de Roe v. Wade aux États-Unis.

« On ne naît pas femme, on le devient » — Beauvoir

La phrase ouvre le tome II du Deuxième Sexe (1949) et fonde soixante-quinze ans de pensée féministe : ce qu’on appelle « la féminité » n’est pas une nature mais une construction sociale — et ce qui est construit peut être déconstruit. À sa sortie, le livre fait scandale ; le Vatican le met à l’Index. C’est aujourd’hui l’une des phrases de philosophie française les plus citées au monde — on la replace parmi d’autres dans 10 citations littéraires qui se portent.

« Désormais on se lève et on se barre » — Despentes

Le 28 février 2020, la cérémonie des César couronne Roman Polanski, visé par des accusations de viol ; l’actrice Adèle Haenel quitte la salle. Trois jours plus tard, Virginie Despentes publie dans Libération une tribune incandescente dont le titre devient instantanément un mot d’ordre : « Désormais on se lève et on se barre. » La phrase dit le basculement post-#MeToo : ne plus négocier sa place dans les institutions qui protègent les agresseurs — les quitter, bruyamment.

« J’écrirai pour venger ma race » — Ernaux

La phrase vient du journal de jeunesse d’Annie Ernaux — elle a 22 ans quand elle l’écrit — et elle l’a placée au cœur de son discours de réception du prix Nobel de littérature en 2022. « Race » au sens ancien : sa lignée, les siens — les ouvriers et petits commerçants de Normandie dont l’école lui a appris à avoir honte. Toute l’œuvre d’Ernaux (La Place, Les Années) tient dans cette promesse : écrire est un acte de justice sociale autant que littéraire. Féminisme et lutte des classes, dans la même phrase.

Le point médian comme slogan

« Insoumis·es », « travailleur·euses » : le point médian est devenu, en soi, un marqueur politique. Au-delà des querelles de grammairiens, le fond est simple : ce que la langue ne nomme pas, elle l’efface — et la règle « le masculin l’emporte », théorisée au XVIIᵉ siècle, n’a rien de neutre. Écrire de façon inclusive, c’est faire de chaque phrase un petit acte de visibilité. Qu’on l’adopte ou pas, une chose est sûre : aucun signe typographique n’a jamais autant énervé — ce qui est généralement bon signe quant à sa portée.

Un slogan féministe qu’on oublie : le logement

« Logement = droit » ne sonne pas comme un slogan féministe. Il l’est pourtant : les rapports annuels de la Fondation Abbé Pierre le documentent, les familles monoparentales — très majoritairement des mères seules — sont parmi les premières victimes du mal-logement. Et le logement est au cœur des violences conjugales : sans solution de relogement, quitter un conjoint violent est matériellement impossible. Les combats dits « sociaux » et les combats dits « féministes » sont le même combat, vu de deux fenêtres.

Porter un slogan féministe sans déraper

Trois règles maison. Un : lis l’histoire du slogan avant de le porter — cet article est fait pour ça. Deux : le 8 mars n’est pas une opération commerciale ; méfie-toi de qui te vend de la « fête des femmes ». Trois : un t-shirt ne remplace pas un combat — c’est un signe, pas un acte. Il ouvre des conversations ; à toi de les tenir.

Nos créations sont des visuels originaux, expliqués et sourcés sur chaque fiche : voir la boutique.

Sources principales :

  • Christine Bard, Les filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940 (Fayard, 1995)
  • Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe (Gallimard, 1949)
  • Virginie Despentes, « Désormais on se lève et on se barre », Libération (mars 2020)
  • Annie Ernaux, discours de réception du prix Nobel (décembre 2022)
  • Fondation Abbé Pierre, rapports annuels sur L’état du mal-logement en France

Pour aller plus loin :

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