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Le programme L’Avenir en Commun en 12 propositions

Comprendre le programme L’Avenir en Commun en 12 mesures clés. SMIC, retraites, écologie, VIᵉ République : chiffres, contexte et sources.

L’Avenir en Commun, c’est 695 mesures, 350 pages, et — pour beaucoup de gens — un livre qu’on n’aura jamais le temps de lire. On a fait le tri : voici les 12 propositions qui en disent le plus, avec les chiffres, les sources, et zéro langue de bois.

Sommaire

Pourquoi 12, et lesquelles

L’Avenir en Commun (édition 2022, mise à jour 2024) est structuré en 7 axes : VIᵉ République, partage des richesses, planification écologique, créolisation, indépendance, paix, progrès humain. On a sélectionné les 12 mesures qui ont le plus de portée concrète, qui sont les plus chiffrables, et qui structurent le débat public depuis cinq ans.

Les chiffres viennent du programme officiel publié par la France insoumise, complétés par les évaluations indépendantes de l’Institut Rousseau (think tank fondé par Nicolas Dufrêne), du Réseau Salariat (Bernard Friot) et des estimations de l’INSEE quand les mesures touchent à des données publiques. Chaque source est citée à sa place.

Disclaimer L’Atelier Insoumis : on est un projet indépendant, non affilié à LFI. Ce qu’on fait là, c’est de la pédagogie d’un programme public, pas de la propagande.

1. SMIC à 1 600 € net

La mesure. Le programme propose de porter le SMIC à 1 600 € net mensuels, contre 1 426,30 € net en avril 2025. Hausse d’environ 12 %.

Pourquoi c’est central. Parce que le SMIC est l’indicateur le plus politique du salariat : il fixe le plancher en dessous duquel on ne descend pas. Le SMIC français est aujourd’hui 18 % en dessous du salaire médian (source : INSEE, 2024). En Allemagne, ce ratio est de 53 %. La France a un SMIC bas dans une économie chère.

Combien ça coûte ? Selon l’Institut Rousseau (note de 2022), un SMIC à 1 600 € net coûterait environ 11 milliards € en hausse directe de salaires, mais générerait 6 à 8 milliards de cotisations sociales et de TVA en retour. Coût net réel : 3 à 5 milliards. À comparer aux 60 milliards de CICE versés aux entreprises depuis 2013.

L’article frère Le SMIC à 1 600 € : combien ça coûte vraiment ? creuse précisément cette mesure.

Source : L’Avenir en Commun, p. 102 (édition 2022) ; Institut Rousseau, Note Smic 2022 ; INSEE, Salaires dans le secteur privé 2024.

2. Retraite à 60 ans

La mesure. Retour de l’âge légal de départ à 60 ans, avec 40 annuités de cotisation. Pension minimale à 1 600 € pour une carrière complète.

Pourquoi c’est central. Parce que c’est le sujet qui a remis 3 millions de personnes dans la rue en 2023. Et parce que l’espérance de vie en bonne santé en France est de 63,9 ans pour les hommes et 64,2 ans pour les femmes (source : DREES, 2023). Reculer l’âge de départ à 64 ans, c’est mathématiquement réduire le nombre d’années de retraite en bonne santé.

Combien ça coûte ? Le COR (Conseil d’orientation des retraites), dans son rapport 2023, chiffrait le retour à 62 ans à 12-15 milliards/an. Le retour à 60 ans coûterait environ 25 milliards/an, financé par la hausse des cotisations sur les hauts revenus et l’imposition des dividendes (le programme prévoit 35 milliards de recettes nouvelles fléchées).

Source : L’Avenir en Commun p. 86 ; Conseil d’Orientation des Retraites, Rapport annuel 2023 ; DREES, Espérance de vie en bonne santé 2023.

3. Taxer les milliardaires (ISF climatique)

La mesure. Rétablir l’ISF (Impôt de Solidarité sur la Fortune), supprimé en 2017 par Emmanuel Macron, et le rendre climatique : taux progressif renforcé pour les patrimoines très carbonés.

Pourquoi c’est central. Parce que les 1 % les plus riches émettent autant de CO₂ que 66 % de l’humanité (source : Oxfam, Carbon inequality kills, 2023). Et parce qu’en France, les 500 plus grandes fortunes ont triplé leur patrimoine entre 2017 et 2023, passant de 570 à 1 170 milliards € (source : magazine Challenges, classement annuel).

Combien ça rapporte ? L’Institut des Politiques Publiques (IPP) a estimé que l’ISF rapportait 5,1 milliards/an avant sa suppression. La version « climatique » proposée par Lucas Chancel (économiste, World Inequality Lab) pourrait porter le rendement à 15-20 milliards/an en intégrant l’empreinte carbone.

Source : L’Avenir en Commun p. 54 ; Oxfam France, Inégalités, climat : le double scandale (2024) ; IPP, Note sur l’ISF, 2018.

4. Règle verte : ne pas prendre plus que ce que la nature peut donner

La mesure. Inscrire dans la Constitution la « règle verte » : la France ne prélève pas plus de ressources et n’émet pas plus de polluants que ce que les écosystèmes peuvent reconstituer.

Pourquoi c’est central. Parce que c’est la traduction juridique d’un constat scientifique. Le rapport Planetary Boundaries (Stockholm Resilience Centre, mise à jour 2023) montre que 6 des 9 limites planétaires ont été franchies. La France émet aujourd’hui environ 8,9 t CO₂eq par habitant (HCTC, 2023) ; pour respecter l’Accord de Paris, il faudrait être à 2 t.

Combien ça coûte ? Pas chiffrable directement — c’est un principe. Mais il a des conséquences : en pratique, la règle verte impose de planifier la sobriété énergétique, ce que l’ADEME chiffre à environ 100 milliards/an d’investissement public et privé d’ici 2030 (scénario Transitions 2050, ADEME 2022).

Source : L’Avenir en Commun p. 152 ; ADEME, Transitions 2050 (rapport prospectif, 2022) ; Stockholm Resilience Centre, Planetary Boundaries 2023.

5. Tirage au sort citoyen

La mesure. Mettre en place une Assemblée citoyenne tirée au sort, complémentaire de l’Assemblée nationale, pour traiter les sujets de long terme (climat, biodiversité, fiscalité).

Pourquoi c’est central. Parce que ça interroge la définition même de la démocratie représentative. La Convention citoyenne pour le climat (2019-2020) a montré que 150 personnes tirées au sort, formées pendant 9 mois, peuvent produire 149 propositions cohérentes sur la transition écologique — dont seulement 10 % ont été reprises telles quelles par le gouvernement (source : Le Monde, juin 2020).

Pourquoi c’est intéressant intellectuellement. La démocratie tirée au sort n’est pas une lubie : elle existait à Athènes au Vᵉ siècle av. J.-C. et constitue une part importante des débats contemporains de théorie politique. Pour aller plus loin : Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif (Flammarion, 1995) et David Van Reybrouck, Contre les élections (Actes Sud, 2014).

L’article frère La VIᵉ République, mode d’emploi creuse précisément la mécanique institutionnelle.

6. Sécu à 100 % : zéro reste à charge

La mesure. La Sécurité sociale prend en charge 100 % des soins prescrits, suppression progressive du rôle des complémentaires santé.

Pourquoi c’est central. Parce qu’aujourd’hui, 20 % des Français ont renoncé à des soins pour raisons financières au cours des 12 derniers mois (source : DREES, Renoncement aux soins, 2023). Et parce que les complémentaires coûtent 38 milliards/an aux ménages, dont 18 % en frais de gestion — quand la Sécu, elle, gère pour 4 % de frais administratifs (source : Cour des Comptes, 2022).

Combien ça coûte ? Étude La Sécu intégrale du collectif Notre Santé en Danger : transférer les soins ambulatoires à 100 % à la Sécu coûterait 38 milliards/an supplémentaires, mais permettrait d’économiser 7 milliards de frais de gestion. Coût net : 31 milliards. Financement : hausse de la CSG sur les revenus du capital + suppression des exonérations de cotisations patronales sur les hauts salaires.

Source : L’Avenir en Commun p. 124 ; DREES, Comptes de la santé 2023 ; Cour des Comptes, La complémentaire santé, 2022.

7. SMIC étudiant et autonomie jeunesse

La mesure. Allocation d’autonomie pour les 18-25 ans à 1 063 € net (équivalent SMIC étudiant pour 70 % de l’année).

Pourquoi c’est central. Parce que 20 % des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté (source : Observatoire de la vie étudiante, 2023) et qu’un étudiant sur deux travaille pendant ses études, avec un effet direct sur sa réussite (source : OVE, 2023, montrant -7 points de réussite quand emploi >12h/semaine).

Combien ça coûte ? Environ 18 milliards/an pour 2,7 millions d’étudiants. Financement prévu : suppression du quotient familial pour les hauts revenus + fiscalité écologique sur les héritages très importants.

Source : L’Avenir en Commun p. 178 ; Observatoire de la vie étudiante, Repères 2023.

8. Logement = droit

La mesure. Encadrement strict des loyers dans toutes les zones tendues, gel des loyers pour 3 ans, construction de 200 000 logements sociaux/an, réquisition des logements vacants spéculatifs.

Pourquoi c’est central. Parce que 3 millions de personnes sont mal logées en France, dont 300 000 sans-abri (source : Fondation Abbé Pierre, État du mal-logement 2024). Et parce que les ménages les plus pauvres consacrent 40 % de leurs revenus au logement, contre 18 % pour les plus riches (INSEE, 2023).

Combien ça coûte ? Construire 200 000 logements sociaux/an = environ 30 milliards d’investissement public, mais étalé sur la durée du logement (durée moyenne 70 ans). Coût budgétaire annualisé estimé à 4-5 milliards/an. Recettes générées : économies sur les APL (qui coûtent 17 milliards/an aujourd’hui).

Source : L’Avenir en Commun p. 138 ; Fondation Abbé Pierre, État du mal-logement 2024 ; INSEE, Le logement en France 2023.

9. L’hôpital pour tous, vraiment

La mesure. Embauche de 100 000 soignants supplémentaires sur 5 ans, fin de la T2A (tarification à l’acte), réouverture des services de proximité fermés depuis 2017.

Pourquoi c’est central. Parce qu’on est passé de 400 000 lits d’hôpital en 2003 à 350 000 en 2023 (source : DREES). Et parce que les déserts médicaux concernent désormais 30 % du territoire (source : Cour des Comptes, 2023).

Combien ça coûte ? 100 000 soignants supplémentaires (pour 80 % infirmiers/aides-soignants, 20 % médecins) = environ 6 milliards/an en masse salariale. À comparer aux 30 milliards d’économies imposées à l’hôpital depuis 2010.

Source : L’Avenir en Commun p. 130 ; Cour des Comptes, Les hôpitaux publics, 2023.

10. VIᵉ République pour tous

La mesure. Une Assemblée constituante élue, sans les députés sortants, chargée d’écrire une nouvelle Constitution incluant : RIC (référendum d’initiative citoyenne), proportionnelle intégrale, mandat unique, révocation possible, droits sociaux et écologiques constitutionnalisés.

Pourquoi c’est central. Parce que la Vᵉ République, conçue en 1958 pour un général de Gaulle de retour de la guerre d’Algérie, donne aujourd’hui un pouvoir hyper-présidentialisé sans contre-pouvoir réel. Et parce que 74 % des Français se disent insatisfaits du fonctionnement démocratique (source : Baromètre de la confiance politique, CEVIPOF 2024).

Pour le détail mécanique : La VIᵉ République, mode d’emploi.

Source : L’Avenir en Commun p. 28 ; CEVIPOF, Baromètre de la confiance politique 2024.

11. Taxer les superprofits

La mesure. Taxe exceptionnelle de 25 % sur les superprofits (bénéfices supérieurs de 30 % à la moyenne historique de l’entreprise).

Pourquoi c’est central. Parce que les marges des sociétés cotées du CAC 40 ont atteint 142 milliards de bénéfices en 2023 (source : Vernimmen, baromètre annuel CAC 40), pendant que les ménages perdaient 5,5 % de pouvoir d’achat. C’est ce que l’économiste Gabriel Zucman appelle « inflation de profits » plutôt qu’inflation de coûts.

Combien ça rapporte ? Selon les calculs d’Attac (note 2023), une taxe de 25 % sur les superprofits 2022-2023 aurait rapporté 40 milliards sur deux ans.

Source : L’Avenir en Commun p. 60 ; Attac, Note sur les superprofits, 2023 ; Vernimmen, CAC 40 : profits 2023.

12. Souveraineté paysanne

La mesure. Prix plancher pour les agriculteurs, sortie des accords de libre-échange (Mercosur, CETA), aide à l’installation pour 200 000 nouveaux paysans d’ici 2030, soutien à l’agriculture biologique.

Pourquoi c’est central. Parce que 200 fermes disparaissent par semaine en France (source : INSEE, 2024) et que un agriculteur sur cinq vit sous le seuil de pauvreté (DREES, 2023). Et parce que la souveraineté alimentaire est devenue un sujet stratégique post-COVID.

Source : L’Avenir en Commun p. 168 ; Confédération Paysanne, Manifeste 2023 ; INSEE, Démographie agricole 2024.

Le coût et le récit qui va avec

Le coût total brut des 695 mesures est chiffré à 250 milliards d’investissements publics sur cinq ans (source officielle programme). Recettes nouvelles prévues sur la même période : 267 milliards (ISF climatique, taxe superprofits, suppression des niches fiscales, lutte contre la fraude fiscale chiffrée à 80 milliards/an par Bercy).

C’est cher ? Compare. Le « quoi qu’il en coûte » covid a coûté 240 milliards entre 2020 et 2022 (source : Cour des Comptes, 2023). Le sauvetage des banques en 2008 : 360 milliards d’engagements publics. Personne ne parlait alors de « manque d’argent ».

L’Avenir en Commun est un programme, pas une bible. On peut être en désaccord sur les mesures, sur les ordres de priorité, sur les financements. Mais c’est un texte chiffré, public, débattu par 695 propositions argumentées. Ce qui n’est pas le cas de la majorité des programmes politiques français.

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Pour aller plus loin :

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Sources principales :

  • L’Avenir en Commun, programme de la France insoumise (édition 2022, mise à jour 2024)
  • Institut Rousseau, notes sur le SMIC, l’ISF, la fiscalité (2022-2024)
  • Oxfam France, Inégalités, climat : le double scandale (2024)
  • Cour des Comptes, rapports annuels 2022, 2023
  • INSEE, Salaires, démographie, logement 2023-2024
  • DREES, Comptes de la santé et Renoncement aux soins 2023
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