Ce 14 juillet 2026, une fête populaire réunissait Jean-Luc Mélenchon et la députée Mathilde Hignet — drapeaux tricolores au vent. Il y a vingt ans, dans une bonne partie de la gauche radicale, ce drapeau-là passait pour suspect. Ce qui s’est joué entre-temps est une bataille culturelle discrète mais décisive : la réappropriation du récit national par la gauche. Remontons le fil.
1789 : le drapeau naît à gauche
Le tricolore commence en cocarde, à l’été 1789 : le bleu et le rouge de Paris encadrent le blanc du roi — la ville révolutionnaire encercle littéralement la monarchie. En 1794, la Convention en fait le pavillon national, dessin confié au peintre David. Autrement dit : ce drapeau est né comme un symbole insurrectionnel, pas comme un emblème d’ordre. C’est la Restauration qui l’abolit, et les révolutions de 1830 et 1848 qui le rétablissent — à chaque fois par la rue.
1936, 1944 : le peuple le reprend
Le Front populaire de 1936 défile sous le drapeau rouge ET le drapeau tricolore, La Marseillaise mêlée à L’Internationale — on te raconte cette séquence dans Front populaire 1936 : ce qu’on en garde aujourd’hui. La Résistance, ensuite, fait du tricolore frappé de la croix de Lorraine le signe du refus. Deux moments fondateurs où la gauche ne laisse pas la nation à ses adversaires.
Mai 68, à l’inverse, préfère le rouge et le noir : pendant des décennies, une partie de la gauche abandonne le tricolore, qui glisse vers la droite puis l’extrême droite. Le drapeau devient un marqueur de camp — exactement ce que ses origines démentent.
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Depuis 2014 : la stratégie de l’Ère du peuple
La réappropriation contemporaine a une date théorique : L’Ère du peuple (2014), où Mélenchon défend l’idée que le récit républicain — la Révolution, l’école publique, la laïcité, la Sécu — appartient d’abord aux classes populaires. Dès la campagne de 2017, les meetings insoumis remplacent les drapeaux de parti par des tricolores et La Marseillaise. Le pari : ne pas laisser le RN capter seul les symboles nationaux, et re-raconter la France depuis ses insurrections plutôt que depuis ses frontières.
Dix ans plus tard, le 14 juillet est devenu un rendez-vous militant assumé — fête populaire, bals, banquets — qui revendique la fête nationale comme fête de la Révolution, pas comme défilé d’armement.
Ce que ça dit en 2026
À l’approche de 2027, cette bataille des symboles n’est pas décorative. Se réclamer du tricolore, c’est disputer au camp adverse la définition même de qui est « la France ». La réponse du récit insoumis tient en une ligne : la France, c’est celle qui prend la Bastille, pas celle qui la garde. Pour l’histoire longue des mots d’ordre qui ont porté cette idée, va lire Histoire des slogans politiques français.
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Sources
- Michel Pastoureau, Bleu. Histoire d’une couleur, Seuil, 2000.
- Jean-Luc Mélenchon, L’Ère du peuple, Fayard, 2014.
- La France insoumise, fête populaire du 14 juillet 2026.
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